- Une passion pour le documentaire,
une affection pour l’histoire de Toronto
et un attachement au Valais.
Lorsque je suis arrivée au Canada en 1967, avec mon mari Raymond Caloz qui y venait pour reprendre la compagnie de transports internationaux Panalpina, c’était pour une année seulement! Nous étions auparavant installés à Lagos au Nigéria, où il devenait évident qu’il serait impossible d’élever et éduquer sur place nos deux petites filles, Marie et Camille. Alors nous avons construit un chalet de montagne à Vercorin, en Valais, pour garder un pied-à-terre en Suisse, et nous nous sommes embarqués pour le Canada, Montréal d’abord, puis très vite Toronto.
Bien des décennies plus tard, me voilà toujours à Toronto, bien enracinée. L’intégration a été longue, et quelquefois périlleuse: en tant que francophone, il a fallu m’habituer aux délicieuses expressions québécoises et acadiennes tout en étant confrontée aux idiomes de la langue anglaise. Aujourd’hui, je confronte tous ces défis sans sourciller. Lorsque quelque chose ne va pas, je tempête en valaisan, en québécois ou en anglais selon les besoins! Mais je compte toujours avec mes septante, huitante et nonante!
À mon arrivée, j’ai poursuivi ma profession d’enseignante, ce que je faisais déjà au Nigéria dans une école trilingue: anglais, français, arabe. Puis j’ai arrêté, en me disant que je devrais plutôt trouver un emploi où ma réussite – et donc la paix de l’esprit – ne dépendraient pas tellement de la performance d’autres que moi. Je suis retournée à l’université ici et ai suivi beaucoup de formation spécialisée par la suite. Me voilà aujourd’hui productrice de documentaires, et ma réussite dépend toujours totalement des scénaristes, réalisateurs, caméramen, monteurs, etc. donc de toute l’équipe qui m’entoure! Je dois avouer que j’ai raté mon objectif! Mais curieusement, même au milieu des pires situations, je n’ai pas perdu la paix de l’esprit!
La compagnie que j’ai fondée en 1994, après avoir longtemps travaillé à TVOntario-TFO comme productrice, s’appelle Médiatique inc. On y produit surtout en français. Avec une douzaine de producteurs francophones vivant hors du Québec, nous offrons au Canada des produits de langue et de culture francophones, qui traitent surtout de situations hors Québec. Nous faisons aussi des coproductions entre provinces. Et, souvent, nous nous embarquons pour l’étranger.
En tant que productrice indépendante, je dois réunir plusieurs habiletés: créativité, leadership, larges épaules au point de vue financier et une grande flexibilité. Une année c’est une série de variétés, une série sur les médicaments, une autre année nous travaillons sur la charia, les commissions de vérité, la polygamie ou l’adoption. Cette année nous présenterons le personnage historique d’Étienne Brûlé ainsi que les foyers pour les gais et lesbiennes seniors. Les sujets me viennent personnellement ou me sont proposés par des réalisateurs ou des scénaristes. Il s’agit ensuite de les rendre assez attrayants pour qu’un diffuseur s’y intéresse. C’est là que je fais usage de mon expérience de conteuse et de mendiante professionnelle!
Je dois dire que, même s’il comporte un côté administratif, mon travail n’est jamais routinier! Par exemple, je viens de recevoir aujourd’hui un article académique qui annonce qu’il n’y a aucune preuve qu’Étienne Brûlé ait foulé le site de Toronto en 1615; au contraire, les indices récents pointent vers un tout autre chemin vers l’ouest de l’Ontario. Comment va-t-on annoncer aux Torontois que leur héros n’est pas le premier Européen à passer par ici? Ah, mais peut-être peut-on dire qu’il y est passé à un autre moment… Il va falloir présenter cela d’une manière accessible dans le documentaire! Ceci représente un tout petit bouleversement, bien sûr, mais il fera son chemin jusque dans les manuels scolaires.
Je ne veux pas terminer ce petit portrait sans parler de la Société d’histoire de Toronto, dont je suis cofondatrice et qui a maintenant un quart de siècle. J’y suis toujours très active, et nous pouvons nous vanter d’avoir fait du bon travail et ajouté à l’histoire anglophone de Toronto leurs pendants francophones et autochtones. Notre grand projet, c’est la réalisation du Parc historique de Toronto, The Shared Path/Le Sentier partagé, qui court le long de la rivière Humber. Chaque année, avec la Ville de Toronto, nous y ajoutons des éléments.
Cependant, je n’ai jamais cessé de retourner en Valais avec ma famille, où on nous appelle affectueusement “les Canadiens”! C’est le destin double des premières générations d’immigrants: un pied de chaque côté de l’Atlantique. Mais ce destin comporte aussi beaucoup de bons côtés, ne serait-ce que la joie de déguster un bon fendant avec un homard fraîchement débarqué d’Acadie!
D.C.
Liens:
Médiatique Inc.
Société d’histoire de Toronto






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